En fin gourmet que vous êtes, munissez-vous d'une jolie demoizailes.
Choisissez la souriante, callipyge, le visage clairsemé d'une appétissante naïveté.
Une fois votre alléchant gibier assurément ferré, instillez lui doucement quelques gouttes d'une douce-amère culpabilité, infusez lentement deux ou trois grains de remord.
Laissez mariner quelques jours. Pour plus de crédibilité, sifflotez l'air de rien, yeux au ciel et mains dans les poches.
Le jour de la dégustation, affûtez votre regard, acérez vos dents.
D'un geste ferme et assuré, couchez l'oie blanche en travers de vos genoux.
Délicatement, faites fondre ses dernières certitudes au feu doux de vos reproches.
Choisissez vos armes: au fouet ou à la main, il est l'heure de déglacer les sots-l'y-laissent.
Surveillez-en attentivement la cuisson: les rondeurs doivent prendre une belle couleur carmin, assortie aux joues rageuses de la demoizailes.
A petits bouillons, régalez-vous de sa colère débordante.
Paradoxalement, elle est à point. Si toutefois vous en doutiez, plongez un doigt ou deux en son intimité. N'hésitez pas à lui signaler sa gourmande humidité, le festin n'en sera que plus pervers.
Observez-là longuement, attentivement: loup lui vient à la bouche.
Et quand enfin, vous distinguerez une larme,
une larme unique,
brûlante et salée,
rouler en silence le long de sa joue,
alors,
alors seulement,
vous saurez
qu'elle est cuite.