
Là où certains évoquent leur peur de vieillir, j'avoue, moi, mon angoisse de mourir.
Plus exactement, de mourir
sans avoir connu.
Connu quoi? Je n'en sais rien, tout ça faisant encore partie du champ des possibles à venir.
Mais une angoisse sourde, profonde, qui vient de loin, qui parfois vous prend au ventre et à la gorge, iraisonnée et déraisonnable.
Et puis, j'ai connu cette éphémère fierté de voir passer dans vos yeux le reflet de mon insolence inattendue.
J'ai vu la porte s'ouvrir, sans bruit, sur mon entrée en résistance. Avec vous j'ai dansé autour de cette lutte ténue pour le pardon.
Je vous ai laissé tourner autour de ma peau et ma tête s'étourdire, de quoi?
De la brûlure insoutenable de vos mains à tâtons, ou de celle du glacier de vos yeux dans la noirceur de mes envies.
De trop d'envies mêlées, paradoxales et aimantées.
J'ai ressenti ce profond et intense bonheur d'un sourire qui s'affiche, encore et encore, obstinément, bravement. Pauvre sourire désarmant pour seule arme, l'adieu aux larmes.
J'ai connu la puissance libératrice d' un repentir chuchoté, affranchie et sans entraves, aussi vrai que la fraîcheur de l'eau que goutte à goutte vous laissiez couler dans ma gorge.
J' ai senti la Vie, bouillonnante, incandescente, inonder mes veines et me couper le souffle.
Voilà une to-do list qui se raccourcit. Petit à petit.(illustration: Vénus restaurée, Man Ray.)